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Le photovoltaïque flottant : comment la France peut transformer ses lacs artificiels en leviers de la transition énergétique

La France émet encore près de 4,3 tonnes de CO₂ par habitant et par an, un chiffre bien au-delà de l’objectif de 2 tonnes d’ici 2050 imposé par l’Accord de Paris. Pourtant, une solution discrète mais puissante émerge sur ses territoires : le photovoltaïque flottant. Cette technologie, qui consiste à installer des panneaux solaires sur des flotteurs modulaires posés à la surface de plans d’eau artificiels, pourrait bien devenir un pilier de notre mix énergétique. À Piolenc, dans le Vaucluse, la centrale O’MEGA1, mise en service en octobre 2019, en est la preuve vivante. Avec ses 47 000 panneaux répartis sur 17 hectares, elle produit l’équivalent de la consommation électrique de 5 000 foyers, sans avoir artificialisé un seul mètre carré de terrain naturel. Le tout pour un coût de 17 millions d’euros et un bail de 50 ans qui rapporte 25 000 euros par an à la commune.

Des panneaux flottants

Le principe est simple : au lieu de surplomber l’eau comme le fait Canalsol sur les canaux, les panneaux flottent directement à la surface, s’adaptant aux variations de niveau des lacs de carrière, des bassins d’irrigation ou des réservoirs industriels. Une différence technique qui ouvre des possibilités immenses. Selon les estimations d’Akuo Energy et de la banque de données Carthage, la France métropolitaine compte environ 33 000 plans d’eau artificiels de 10 à 50 hectares. Le potentiel théorique ? 20 GWc, dont la moitié pourrait être exploitée dès maintenant. Soit l’équivalent de la production de 10 réacteurs nucléaires de type EPR, mais sans les déchets radioactifs ni les risques d’accident.

Les avantages sont nombreux et systémiques. D’abord, le refroidissement naturel des panneaux par l’eau améliore leur rendement de 2 à 3 % par rapport à une installation terrestre. Ensuite, l’ombrage réduit l’évaporation, un atout majeur dans un contexte de stress hydrique croissant. Enfin, et c’est peut-être le plus important, cette technologie n’entre en concurrence ni avec l’agriculture ni avec les espaces naturels. Les 2 000 sites identifiés en France sont déjà artificialisés : anciens lacs de carrière, retenues de barrages, bassins industriels. Aucun terrain supplémentaire n’est consommé. À EDF Lazer, dans les Hautes-Alpes, une centrale de 20 MWc a même été installée sur la retenue d’un barrage hydroélectrique existant, combinant ainsi deux sources d’énergie renouvelable sur un même site.

Pourtant, malgré ces atouts, le déploiement reste timide. Après l’effet de seuil observé en 2021, avec des projets comme celui de Peyrolles dans les Bouches-du-Rhône (14,7 MWc), la dynamique semble s’accélérer. En 2026, un projet pharaonique prévoit l’installation de 1,5 million de panneaux sur les lacs de Lavalduc et d’Engrenier, toujours dans les Bouches-du-Rhône. Mais à ce rythme, il faudra des décennies pour exploiter ne serait-ce que la moitié du potentiel identifié. Alors que faire pour passer à la vitesse supérieure ?

Un paysage nouveau

La réponse réside peut-être dans une approche plus intégrée, qui combine innovation technologique, soutien aux collectivités locales et sensibilisation des citoyens. Les flotteurs modulaires développés par la société française Ciel & Terre, leader mondial avec sa technologie Hydrelio, montrent que la France a les cartes en main pour devenir un acteur clé du secteur. Il s’agirait de généraliser les modèles de bail long terme, comme celui de Piolenc, pour inciter les communes à libérer des plans d’eau inutilisés. Imaginez : si chaque lac de carrière, chaque bassin industriel pouvait devenir une centrale électrique, ce serait l’équivalent de planter une forêt de panneaux solaires sans toucher aux terres arables. Durablissime soutient ces initiatives.

Il y a aussi un enjeu d’acceptabilité sociale. Beaucoup de Français ignorent encore que ces installations n’ont aucun impact sur les milieux naturels. Au contraire, elles peuvent même améliorer la qualité de l’eau en limitant la prolifération d’algues grâce à l’ombrage. Une étude menée sur le site de Piolenc a d’ailleurs montré une diminution de 30 % de la température de l’eau en surface, un facteur qui favorise la biodiversité aquatique. Alors pourquoi hésiter ?Calculatrice financière

Si la France ne saisit pas cette opportunité, les conséquences pourraient être lourdes. D’abord, une perte de potentiel énergétique : les 10 GWc exploitables à court terme pourraient rester inutilisés, retardant d’autant la transition vers un mix 100 % renouvelable. Ensuite, une dépendance accrue aux énergies fossiles, alors que les objectifs de neutralité carbone pour 2050 semblent déjà difficiles à atteindre. Enfin, une occasion manquée pour les territoires ruraux, qui pourraient bénéficier de nouveaux revenus et de nouveaux emplois liés à la maintenance et à la gestion de ces centrales.

À l’inverse, si la France devenait un leader européen du photovoltaïque flottant, les bénéfices seraient multiples. Création d’emplois locaux, exportation de savoir-faire, comme le fait déjà Ciel & Terre avec sa technologie Hydrelio, et surtout, un exemple inspirant pour le reste du monde. Preuve que l’on peut produire de l’énergie propre sans sacrifier nos terres ni nos paysages.

La transition énergétique ne se décrète pas, elle se construit, pas à pas, projet après projet. Le photovoltaïque flottant en est une illustration parfaite : une solution concrète, déjà éprouvée, qui attend simplement d’être déployée à grande échelle. Alors, si demain, en regardant un lac de carrière, vous vous disiez qu’il pourrait alimenter en électricité des milliers de foyers, seriez-vous prêt à soutenir cette idée ? La balle est dans notre camp.

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