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Le millefeuille administratif français : et si on fusionnait pour de bon ?

La France étouffe sous son millefeuille administratif. Depuis des décennies, les gouvernements successifs ont empilé les couches de collectivités territoriales sans jamais oser les simplifier. Résultat : 35 885 communes, 96 départements rien qu’en métropole, 18 régions, et une myriade d’intercommunalités, métropoles et syndicats divers. Un imbroglio où les compétences se chevauchent, où les responsabilités se diluent, et où les citoyens peinent à savoir à quelle porte frapper. Durablissime a travaillé tout l’été pour faire une proposition aux canddidats de la Présidentielle 2027.

Pire encore, l’État, dans sa sagesse centrale, a transféré aux territoires des compétences toujours plus lourdes – transition énergétique, mobilité, action sociale – sans toujours leur donner les moyens de les assumer. Les communes, souvent trop petites, les départements, parfois trop rigides, et les métropoles, souvent trop complexes, se retrouvent ainsi face à un dilemme : assumer ces nouvelles missions ou les laisser à l’abandon. Beaucoup choisissent la seconde option, par manque de ressources, par peur de l’échec, ou tout simplement par refus de perdre leur pré carré, leur mandat… ?

La taille critique, ce seuil invisible

Une commune de 500 habitants peut-elle vraiment gérer un plan local d’urbanisme, une politique de mobilité durable, ou encore la transition écologique de son territoire ? La réponse est non. Pourtant, l’État continue de leur confier ces missions, comme si la décentralisation était une fin en soi, et non un moyen. Les experts le répètent : une collectivité a besoin d’au moins 10 000 à 15 000 habitants pour disposer des moyens humains, financiers et techniques nécessaires. Or, 68 % des communes françaises comptent moins de 1 000 âmes. Autant dire qu’elles sont condamnées à l’impuissance.

Et les élus locaux, souvent attachés à leur clocher comme à une identité sacrée, résistent. Perte d’autonomie, crainte de disparaître dans une entité plus grande, peur de voir les coûts exploser… Les arguments ne manquent pas pour justifier l’immobilisme. Les Communautés de communes se multiplient, les métropoles deviennent des usines à gaz, et les départements, eux, campent sur leurs positions. Résultat : on tergiverse, on report, on contourne. Mais on n’avance pas.

Fusionner pour mieux régner

Face à ce constat, une solution s’impose : fusionner. Pas n’importe comment, mais avec méthode. D’abord, les communes. L’objectif ? Passer de 35 885 à environ 18 000 en les mariant par deux ou moins mais on peut avoir davantage d’ambition… Les critères seraient simples : fusion des communes limitrophes, priorité à celles qui ont déjà collaboré, et incitations financières pour celles qui franchissent le pas. Les avantages ? Des économies d’échelle, une meilleure capacité d’investissement, et une simplification bienvenue pour les citoyens. Fusionner, au moins à 2 ce doit être possible. On ne parle ici que des communes mais imaginons que des Départements pourraient aussi le faire.

Ensuite, les métropoles. Ces monstres administratifs où la ville centre concentre tout le pouvoir, tandis que les communes périphériques se sentent lésées. Pourquoi ne pas en faire des Communes nouvelles, à l’image de Berlin ou Madrid ? Lyon absorberait Villeurbanne, Vénissieux, Villefranche-sur-Saône… Bordeaux fusionnerait avec Mérignac, Pessac, Talence… Une gouvernance unique, un maire, un conseil municipal, une stratégie. Fini les guéguerres territoriales, bonjour l’efficacité.

Enfin, les départements. Avec 96 en métropole, la France en compte deux fois plus que nécessaire. Pourquoi ne pas les marier par deux au moins, pour créer des Départements régionaux alignés sur les régions ? Nord et Pas-de-Calais, Dordogne et Lot-et-Garonne, Vaucluse et Alpes-de-Haute-Provence, Drôme et Ardèche, Savoie et Haute-Savoie… Des entités plus grandes, des budgets consolidés, et une meilleure cohérence territoriale.

Longeverne et Velran, ou l’histoire d’une réconciliation

Pour illustrer cette proposition, imaginons deux communes fictives, Longeverne et Velran, inspirées de l’univers de Louis Pergaud et de sa Guerre des boutons. Séparées par un ruisseau et trois siècles de querelles, ces deux villages de 1 200 et 800 âmes se regardent en chiens de faïence. Les enfants de Longeverne volent les boutons des manteaux des Velranais. Les Velranais, en représailles, détournent le ruisseau qui alimente le lavoir de Longeverne. Le maire de Longeverne, Gérard Leblanc, accuse son homologue de Velran, Jean-Michel Chelu, de vouloir tout contrôler. Ce dernier rétorque que sans Longeverne, Velran serait déjà une ville.

Pourtant, les deux communes font face aux mêmes défis : une école primaire à moitié vide, 2 églises où personne ne vient plus le dimanche, un service de ramassage des ordures coûteux, aucun commerce, et des routes défoncées que le Département, en crise budgétaire, ne répare plus. Un jour, l’État leur annonce que la compétence « transition énergétique » leur est transférée. Il faut rénover les bâtiments publics, développer un plan vélo, installer des bornes de recharge. Problème : aucune des deux communes n’a les moyens. Longeverne dispose d’un budget de 1,2 million d’euros par an, Velran de 800 000. Engager un chargé de mission transition énergétique coûterait 50 000 euros par an… sans compter les investissements.

C’est alors que Marie-Claire Dubois, jeune conseillère municipale de Velran et seule élue de moins de 40 ans, lance une idée révolutionnaire : « Et si on fusionnait ? » La proposition fait l’effet d’une bombe. Les pro-fusion avancent leurs arguments : économies, subventions, services publics améliorés, attractivité retrouvée. Les anti-fusion, eux, brandissent leurs craintes : perte d’identité, domination de Longeverne, débat sans fin sur le nom de la nouvelle entité.

Mais un rapport de la Chambre Régionale des Comptes vient tout changer : il révèle que les deux communes dépensent 30 % de leur budget en doublons. Deux secrétaires de mairie, deux cantines, deux camions de poubelles… Après six mois de débats houleux, un référendum est organisé. 52 % des Longevernois et 58 % des Velranais votent oui. La nouvelle commune naît : Longevelran. Il est vrai que la Cour des comptes a reproché l’absence d’économie tangibles enregistrées à l’occasion de la fusion des Régions. 

Un an plus tard, les résultats sont là. 150 000 euros d’économies par an, une école rénovée, un véhicule électrique pour le ramassage des ordures, quatre bornes de recharge installées. Une boulangerie s’est ouverte, un médecin a accepté de s’installer, et les enfants de Longeverne et Velran jouent ensemble dans la nouvelle aire de jeux. Et les boutons ? Ils ont arrêté de se les voler… parce qu’ils ont maintenant un club de foot commun. Ah non pas le foot !

Pourquoi ça marche ?

Pourquoi ça peut marcher ? Restons dans le virtuel. L’histoire de Longevelran montre que les fusions peuvent fonctionner, à condition de réunir trois ingrédients essentiels. D’abord, des élus locaux visionnaires, prêts à porter le projet et à convaincre leurs administrés. Ensuite, un argument économique imparable : les communes ne fusionnent pas par amour de l’administration, mais parce que cela leur coûte moins cher. Enfin, un accompagnement de l’État, avec des incitations financières, un cadre juridique simplifié, et un soutien technique.

Les exemples ne manquent pas. En Île-de-France, les communes fusionnées comme Plaine Commune ont réduit leurs dépenses de fonctionnement de 10 à 15 %. En Bretagne, la fusion de Ploërmel et Monterrein a permis de sauver leur collège, menacé de fermeture. Preuve que la taille, parfois, fait la force.

Bien sûr, les résistances sont nombreuses. « On va perdre notre identité ! » répondent certains. Pourtant, une fusion ne supprime pas l’histoire. Longevelran a gardé ses deux clochers, ses deux fêtes locales, et même ses deux équipes de foot. « Les petites communes seront écrasées par les grandes ! » s’inquiètent d’autres. Mais si l’on fusionne par deux, 1 000 + 800 = 1 800 habitants, pas 100 000. Et des garanties de représentation peuvent être mises en place, comme un adjoint par ancienne commune.

« Ça va coûter plus cher au début ! » objectent encore certains. C’est vrai, mais temporaire. Les économies arrivent après deux ou trois ans. Et l’État peut prendre en charge les coûts de transition. « Les citoyens ne veulent pas ! » enfin, crient les plus réticents. Pourtant, ils changent souvent d’avis quand ils voient les bénéfices concrets. Il faut consulter, bien sûr, mais aussi convaincre.

Un gain considrable pour la France

Si la France osait enfin simplifier son millefeuille administratif, les gains seraient considérables. Moins de communes, moins de départements, des budgets consolidés, des décisions plus rapides. L’Allemagne, avec ses 11 000 communes et ses 16 Länder, montre que c’est possible. L’Italie, avec ses 8 000 communes et ses 20 régions, aussi. Le Danemark, avec ses 98 communes pour 5,8 millions d’habitants, encore plus.

La fusion des communes par deux, la transformation des métropoles en Communes nouvelles, et le mariage des départements ne sont pas des renoncements. Ce sont des choix : le choix de l’efficacité, le choix de la proximité, le choix de l’avenir. Des territoires capables d’affronter les défis climatiques, économiques et sociaux qui nous attendent.

Alors, prêts à faire la paix… et à fusionner ?

 

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