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Les friches en France : un levier méconnu pour la transition écologique et l’aménagement durable

La rareté croissante du foncier en France pose un défi majeur pour les projets d’aménagement, qu’ils soient dédiés au logement, aux infrastructures ou à la renaturation. Pourtant, un gisement reste encore sous-exploité : les friches. Ces espaces, souvent perçus comme des stigmates urbains, représentent en réalité un potentiel stratégique pour répondre aux besoins des territoires tout en préservant les sols naturels, agricoles et forestiers. Selon le dernier inventaire national réalisé par le Cerema en avril 2025, la France compterait 15 000 friches, soit 60 000 hectares cumulés, dont 13 000 terrains supplémentaires (environ 60 000 ha) non encore validés. Ces chiffres, bien que partiels, révèlent l’ampleur des opportunités offertes par ces espaces délaissés. Durablissime y consacre souvent des articles dans sa rubrique spécialisée.

Que sont les friches ? Une définition juridique et opérationnelle

Introduite par la loi Climat et Résilience de 2021, la notion de friche est désormais encadrée par le Code de l’urbanisme (art. L.111-26). Une friche y est définie comme « tout bien ou droit immobilier, bâti ou non bâti, inutilisé et dont l’état, la configuration ou l’occupation totale ou partielle ne permet pas un réemploi sans un aménagement ou des travaux préalables ». Ces espaces, souvent d’origine industrielle, commerciale ou résidentielle, constituent un enjeu clé pour les collectivités, les services de l’État et les acteurs privés, notamment dans le cadre de la réindustrialisation ou de la création d’espaces naturels.

Reconversion de friche un exercice sous contraintes

Le décret du 26 décembre 2023 précise que les recensements locaux, menés par des acteurs publics ou des agences d’urbanisme, contribuent à alimenter un inventaire national. C’est dans ce contexte que le Cerema, à la demande du ministère de la Transition écologique, a développé Cartofriches, une plateforme en ligne qui centralise les données sur les friches urbaines (industrielles, commerciales, d’habitat, tertiaires, etc.). Cet outil vise à faciliter leur repérage, leur qualification et leur réutilisation.

Un inventaire national révélateur de potentiels insoupçonnés

L’inventaire national des friches, actualisé en 2025, offre une photographie précise de ces espaces. Parmi les 15 000 friches recensées, on observe une répartition inégale selon leur origine :

  • 33 % sont des friches d’habitat, les plus nombreuses en termes de quantité.
  • 22 % sont des friches industrielles, qui représentent cependant 50 % de la surface totale des friches.
  • Les autres catégories incluent des friches commerciales (10 %), des équipements publics (5 %), ferroviaires (5 %), ou encore des espaces mixtes.
Convertir une friche commerciale en commerces
Friche Foir’Fouille à Calais

Deux tiers des friches ont une superficie supérieure à 0,5 hectare, ce qui en fait des candidats idéaux pour des projets d’aménagement d’envergure ou des opérations de renaturation à grande échelle. Par ailleurs, 2/3 de ces friches se situent en zone urbanisable, ce qui signifie qu’elles peuvent être réutilisées sans modification des plans locaux d’urbanisme. Enfin, 1/3 des friches sont situées en zone tendue pour l’habitat (zonage A-B), où la demande en logement est forte. Pourtant, ces territoires n’ont pas toujours mis en place d’observatoires locaux, limitant ainsi la valorisation de ces espaces.

Des projets de reconversion déjà en marche

L’inventaire révèle que 28 % des friches recensées dans les observatoires locaux font déjà l’objet d’un projet de reconversion, soit 2 400 friches (8 000 ha). Ces initiatives, portées par des collectivités ou des acteurs privés, démontrent la faisabilité de la transformation de ces espaces. Par ailleurs, le Cerema estime que 80 000 à 140 000 hectares de friches pourraient être mobilisés en France, sur la base des données les plus consolidées (9 000 friches issues des observatoires locaux).

Parmi les usages potentiels :

  • 50 % des friches pourraient être dédiées à l’industrie, avec 4 500 friches (37 000 ha) présentant un indice de mutabilité élevé pour un usage industriel.
  • 33 % des friches pourraient accueillir des logements, avec 3 000 friches (2 000 ha) adaptées à la construction.
  • 18 % des friches pourraient faire l’objet de démarches de renaturation, contribuant ainsi à la restauration des écosystèmes locaux.

Friches et pollution

Un coût maîtrisé pour une reconversion vertueuse

La reconversion des friches représente un investissement, mais son coût reste raisonnable au regard des bénéfices écologiques et sociaux. Selon les dossiers de 2023, la remise en état d’une friche coûte en moyenne 540 000 € par hectare, que ce soit pour y construire des logements, des locaux, des équipements publics ou des espaces verts. Ce coût, bien que significatif, est à mettre en perspective avec les gains en termes de préservation des sols et de revitalisation des territoires.

Entre 2021 et 2024, 5 800 hectares de friches ont bénéficié de financements via le Fonds vert et le plan de relance. Ces projets ont permis la production de :

  • 13,6 millions de m² de logements,
  • 10,3 millions de m² de surfaces économiques (bureaux, activités, commerces, etc.).

L’indice de mutabilité : un outil pour évaluer le potentiel des friches

Pour aider les collectivités à prioriser leurs actions, le Cerema a développé un indice de mutabilité, qui évalue la facilité avec laquelle une friche peut être reconvertie vers un usage économique, résidentiel ou naturel. Cet indice, inspiré des travaux de la DDT des Ardennes et de l’ADEME, repose sur une analyse détaillée des caractéristiques de chaque site (enjeux environnementaux, zonage d’urbanisme, contexte urbain, accessibilité, etc.). Il permet d’apporter un premier éclairage sur les possibilités de reconversion, et ainsi d’orienter les stratégies foncières locales.

Zone d'activité en déprise foncière

Comment est constitué l’inventaire national ?

L’inventaire national des friches, accessible via Cartofriches, est le fruit d’un travail collaboratif entre le Cerema et les acteurs locaux. Sa construction repose sur trois étapes :

  1. Une pré-identification nationale : le Cerema s’appuie sur des bases de données existantes (BASIAS, BASOL), ainsi que sur les candidatures aux appels à projets du Fonds vert et les projets de reconversion accompagnés par UrbanVitaliz, son service dédié. Cette étape a permis d’identifier près de 6 000 friches.
  2. Un enrichissement local : les collectivités et les services déconcentrés de l’État contribuent à l’inventaire en signalant plus de 9 000 friches supplémentaires. En 2025, 40 % du territoire est couvert par un observatoire local, ce qui signifie que 60 % des friches de l’inventaire national sont identifiées grâce à ces contributions.
  3. Une qualification des données : le Cerema uniformise les informations selon le standard du Conseil National de l’Information Géolocalisée (CNIG) et calcule plus de 30 indicateurs (enjeux environnementaux, potentiel de reconversion, etc.). Ce travail permet une meilleure qualification des sites et facilite leur intégration dans les stratégies locales.

Les outils du Cerema pour accompagner les collectivités

Au-delà de l’inventaire, le Cerema propose plusieurs services pour aider les collectivités à mobiliser les friches :

  • UrbanSIMUL : un outil d’évaluation et de cartographie des espaces potentiellement constructibles, intégrant les données de Cartofriches. Il est accessible gratuitement sur demande aux collectivités et acteurs publics.
  • France Foncier + : un portail qui recense le foncier économique disponible, en collaboration avec la Banque des Territoires. Il vise à mettre en relation les communes en zone tendue avec les entreprises recherchant des terrains.
  • UrbanVitaliz : un service public gratuit qui accompagne les collectivités dans la réhabilitation de fonciers à l’abandon, en les orientant vers les ressources et acteurs pertinents.

Ces outils s’inscrivent dans une démarche globale de stratégie foncière durable, complétée par des programmes de financement portés par la Banque des Territoires et l’ADEME, notamment pour les friches polluées.

Reconversion et réhabilitation

Un enjeu pour la transition écologique et la résilience des territoires

Les friches ne sont pas seulement des espaces abandonnés : elles sont un levier pour la transition écologique. Leur reconversion permet de :

  • Limiter l’artificialisation des sols en évitant de consommer de nouvelles terres agricoles ou naturelles.
  • Répondre aux besoins en logement dans les zones tendues, tout en maîtrisant la consommation foncière.
  • Recréer des espaces de nature en ville, améliorant ainsi la biodiversité et le cadre de vie.
  • Effacer des stigmates urbains qui nuisent à l’attractivité des territoires.

En 2025, la France dispose donc d’un outil puissant pour transformer ces espaces en atouts pour ses territoires. Reste à généraliser les observatoires locaux et à mobiliser davantage les acteurs publics et privés pour exploiter ce potentiel.

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