En 2025, dès la mi-février, les premières alertes concernant les risques d’allergies au pollen ont été émises. Bien qu’il ne s’agisse pas de l’alerte la plus précoce jamais enregistrée, une tendance à des floraisons et des saisons polliniques de plus en plus précoces est observée, attribuable à des hivers de plus en plus doux. Cet article explore le lien entre le pollen et les risques d’allergies, un problème de santé publique exacerbé par le changement climatique, et étayé par des preuves solides selon le Groupe II du GIEC.
Les pollens, organes reproducteurs mâles des plantes à fleurs, sont produits en grande quantité et dispersés par le vent. De taille microscopique, ils peuvent provoquer une réaction excessive du système immunitaire chez certaines personnes. Cette hypersensibilité se manifeste par des symptômes au niveau des voies respiratoires et des yeux, et parfois de la peau, entraînant éternuements et larmoiements, symptômes communément appelés rhinite allergique ou rhume des foins.
Une forme plus sévère d’allergie au pollen est l’asthme allergique, une inflammation des bronches déclenchée par l’inhalation de pollen, entraînant des difficultés respiratoires et des quintes de toux. L’asthme, qui peut également être lié à d’autres facteurs comme la pollution, a un impact important sur la qualité de vie et peut nécessiter des soins d’urgence. Il est important de noter que la rhinite allergique peut quadrupler le risque de développer de l’asthme.
En France, l’ampleur du problème de santé publique lié aux allergies au pollen est préoccupante. Des enquêtes épidémiologiques menées entre 1994 et 2006 ont indiqué que 7 à 20 % des enfants et environ 30 % des adultes étaient susceptibles de souffrir d’allergies au pollen. Bien que ces chiffres varient selon les régions, ils sont imprécis et doivent être considérés comme des estimations élevées. L’Organisation mondiale de l’allergie estime qu’entre 10 % et 30 % de la population mondiale est touchée par la rhinite allergique, un chiffre qui inclut également les allergies non polliniques.
Une étude de 2005 a établi un lien entre le pollen de certaines espèces et le risque de rhinite ou de conjonctivite allergique nécessitant le remboursement de médicaments par la sécurité sociale, tels que les antihistaminiques. Les pollens de bouleau, de cyprès, de chêne, de frêne et de graminées sont concernés par ces remboursements. D’autres plantes, comme l’ambroisie, une espèce invasive, provoquent également des symptômes allergiques, notamment en région Auvergne-Rhône-Alpes. En 2020, l’ANSES estimait que le coût des soins liés aux allergies polliniques en France se situait entre 60 et 185 millions d’euros par an.
Quels sont les effets du changement climatique sur les allergies ?
Dans sa contribution au 6e rapport d’évaluation sur les changements climatiques, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC II), qui étudie les impacts, les vulnérabilités et l’adaptation, notamment les conséquences sanitaires des changements climatiques, considère que le niveau de preuve concernant le lien entre les changements climatiques et les risques liés au pollen est élevé.
En effet, une étude menée sur plusieurs continents de l’hémisphère Nord a établi un lien étroit entre la hausse des températures, la durée de la saison pollinique et les concentrations de pollen dans l’air. Ces résultats ont permis de conclure que les changements climatiques pourraient déjà contribuer à une augmentation des risques sanitaires liés au pollen.

Ces risques pourraient continuer de s’aggraver avec le changement climatique. Outre la hausse des températures qui entraîne des saisons polliniques plus précoces et plus longues, un autre phénomène se produit : l’effet « fertilisant » de l’augmentation des concentrations de CO₂ atmosphérique, qui peut accroître la productivité de certaines plantes et, par conséquent, leur production de pollen.
Des modèles ont ainsi permis d’estimer que le fardeau sanitaire lié aux allergies au pollen d’ambroisie pourrait doubler en Europe selon différents scénarios de réchauffement, et notamment s’étendre aux régions où la présence de cette plante est encore rare.
Changement climatique : un facteur parmi d’autres
Le réchauffement climatique n’est malheureusement pas le seul facteur environnemental susceptible d’aggraver les allergies au pollen. Nous avons déjà évoqué le problème des espèces invasives, notamment l’ambroisie : selon l’IPBES, ces espèces figurent parmi les cinq principales causes de l’effondrement de la biodiversité.
La pollution atmosphérique est également un facteur pouvant exacerber les problèmes liés au pollen. En effet, certains polluants chimiques peuvent modifier la réaction allergique de diverses manières, soit en augmentant la vulnérabilité des individus, soit en modifiant les propriétés allergènes des grains de pollen eux-mêmes, par exemple en altérant leur paroi ou leur composition protéique.
Quels sont les recours possibles contre les allergies ?
Malgré le risque croissant lié aux changements climatiques, les mesures préventives traditionnelles contre les allergies au pollen restent efficaces. Ces mesures comprennent la diffusion de messages clairs de prévention (se laver les cheveux le soir, ne pas faire sécher son linge à l’extérieur et aérer de préférence son logement avant le lever ou après le coucher du soleil). Elles nécessitent également la mise en place d’un système de veille qui diffuse les bulletins et alertes polliniques.

En matière de réchauffement climatique, il est important de rappeler que, comme pour d’autres impacts sur la santé, notre capacité d’adaptation est limitée et ne peut nous protéger que jusqu’à un certain seuil de réchauffement. La meilleure façon de réduire les impacts du changement climatique sur la santé est de s’attaquer à la source du problème : les émissions de CO2.
Toutefois, il convient de veiller à ce que les mesures d’adaptation disponibles (et essentielles) ne contribuent pas à accroître le risque d’allergies au pollen. Ceci est particulièrement important pour les espaces verts urbains.
Si les bienfaits des espaces verts urbains pour la santé et l’environnement sont très nombreux, qu’il s’agisse d’adaptation au changement climatique, de santé mentale, de biodiversité ou encore de gestion de l’eau, nous devons néanmoins nous assurer que les risques sont minimisés, et le risque d’allergies au pollen en fait partie.
