Les ventes de produits phytosanitaires en France restent élevées, malgré . En 2023, 65 600 tonnes de substances actives ont été écoulées, un chiffre en recul de 3 % par rapport à 2022. Une tendance encourageante, mais insuffisante pour inverser la dépendance aux pesticides, notamment aux herbicides, qui représentent près de la moitié des ventes. Plongée dans les chiffres et les paradoxes d’un secteur en lente mutation.
Une baisse globale, mais des disparités persistantes
Depuis les années 2010, les ventes de pesticides en France oscillent autour de 68 000 tonnes par an, avec ou aux comportements de stockage. En 2023, la quantité totale de substances actives vendues s’établit à 65 600 tonnes, soit une diminution de 6 % par rapport à 2021. Une baisse qui masque des réalités contrastées.
Les substances les plus préoccupantes pour la santé humaine, classées cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR), ont vu leurs ventes chuter de 37 % entre 2015-2017 et 2021-2023. Une avancée notable, mais qui ne concerne pas toutes les catégories de produits. Les herbicides, par exemple, restent largement dominants, avec 46 % des ventes en 2023. Les fongicides suivent de près (40 %), tandis que les insecticides représentent 10 % du marché.
Un recul des substances les plus toxiques
Les ventes de substances CMR1, dont le danger est avéré ou présumé, sont désormais marginales (0,1 % des ventes en 2023). En revanche, les substances CMR2, dont le danger est suspecté, restent présentes, avec cinq herbicides et un fongicide parmi les plus commercialisés. Parmi eux, la pendiméthaline, un herbicide classé CMR2 en 2023, continue d’être largement utilisé malgré son impact environnemental. Présente dans 32 produits commercialisés, elle représente 3 % des ventes totales de pesticides.
Le glyphosate, toujours dans le paysage
Malgré la politique de sortie du glyphosate, les ventes de cet herbicide controversé ont même rebondi en 2023 (+15 % par rapport à 2022). Une hausse qui s’explique en partie par des achats anticipés avant des restrictions supplémentaires. À l’inverse, , bien que moins toxiques, voient leurs ventes augmenter, parfois en anticipation de leur propre interdiction.
L’agriculture biologique et le biocontrôle en progression, mais pas assez
Les ventes de substances utilisables en agriculture biologique (UAB) et en biocontrôle ont progressé depuis 2010, , avant de légèrement reculer (-8 % entre 2021 et 2023). Ces produits représentent désormais 36 % des ventes totales, contre 15 % en 2010.
Des alternatives limitées pour les herbicides
Si les fongicides et insecticides trouvent des substituts en agriculture biologique (66 % des ventes de fongicides et 85 % des ventes d’insecticides en 2021-2023), . Les méthodes mécaniques, coûteuses en temps et en argent, restent peu accessibles pour de nombreux agriculteurs. Résultat : les herbicides conventionnels occupent encore 68 % des ventes de cette catégorie.
Des disparités territoriales marquées
L’utilisation des pesticides varie fortement selon les régions. Les zones de monocultures intensives, comme le Bassin parisien ou les vignobles du couloir rhodanien, enregistrent les plus forts recours aux produits phytosanitaires. À l’inverse, les régions d’élevage, comme la Bretagne ou le Massif central, affichent des usages plus modérés, grâce à des systèmes polyculture-élevage moins dépendants des intrants chimiques.
Des départements plus exposés que d’autres
Certains départements, comme l’Eure-et-Loir, la Somme ou la Marne, concentrent une part importante des achats de substances CMR. Ces territoires, dominés par les grandes cultures, subissent une pression accrue pour maintenir des rendements élevés, souvent au détriment de la réduction des pesticides.
Quelles solutions pour accélérer la transition ?
La réduction des pesticides passe par plusieurs leviers :
- Le développement de méthodes alternatives : , même si ces techniques restent peu adoptées en raison de leur coût et de leur complexité.
- Le renforcement des aides financières : le crédit d’impôt « Zéro glyphosate », par exemple, a permis de soutenir la transition, mais son impact reste limité face à l’inertie du secteur.
- L’accompagnement des agriculteurs : formation, conseil et innovation sont essentiels pour généraliser les pratiques moins dépendantes des pesticides.
Un enjeu de santé publique et environnementale
La présence de résidus de pesticides dans l’air, l’eau et les sols reste un sujet de préoccupation majeur. En 2021-2022, en France métropolitaine. Une situation qui interroge sur l’efficacité des politiques publiques et la nécessité d’accélérer la transition vers une agriculture plus durable.

Une transition trop lente ?
Si les chiffres montrent une légère amélioration, . La dépendance aux herbicides, la persistance des substances toxiques et les disparités territoriales rappellent que la route vers une agriculture sans pesticides est encore longue. Les prochaines années seront décisives pour savoir si le pays parviendra à concilier productivité et préservation de la santé et de l’environnement.




