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Déplacer pour préserver ? Les enjeux des translocations végétales réglementaires

15 avril, 2026

L’aménagement du territoire s’intensifie, porté par des dynamiques d’urbanisation, de développement et de transition énergétique. Ces projets répondent à un cadre législatif précis, structuré notamment autour de la séquence Eviter Réduire Compenser (ERC), qui impose de limiter au maximum les impacts sur la biodiversité. Lorsque des espèces protégées se trouvent dans l’emprise d’un projet, le maître d’ouvrage a pour obligation de mettre en œuvre des mesures adaptées pour atténuer les impacts, puis compenser ceux qui subsistent.

Glaïeul douteux

Pourtant, dans le cas de la flore protégée, les solutions concrètes restent limitées. L’évitement, consistant à modifier le projet pour préserver les stations de flore protégée, demeure la mesure la plus efficace, mais elle n’est pas toujours possible. Dans ce contexte, la translocation végétale, définie comme le déplacement volontaire de plantes d’un site à un autre, apparaît souvent comme une mesure pertinente dans les projets d’aménagement. Mais derrière cette pratique en apparence simple se cache une réalité complexe.

Une pratique encadrée

La translocation végétale s’inscrit dans un cadre réglementaire exigeant. Dans le cadre de l’aménagement du territoire, toute intervention sur des espèces protégées nécessite une autorisation administrative spécifique. Les porteurs de projet doivent démontrer la pertinence de l’opération, définir des protocoles précis et mettre en place un suivi post-translocation sur plusieurs années. Les agences publiques, le Cerema, les DDTM, l’ANCT, L‘OFB et d’autres sont d’une aides indispensables sur ces projets.

Loin d’être une simple opération technique, la translocation devient une véritable expérimentation scientifique, où chaque étape doit être pensée, documentée et évaluée. 

PRélèvement d'un espèce protégée pour translocation
Translocation d’Hélianthème à feuilles de Marum à Châteauneuf-les-Martigues

Une diversité de pratiques

Sur le terrain, les modalités de translocation sont très variées. Elles peuvent aller du déplacement de mottes de terre à l’aide d’engins mécaniques, à la collecte de graines suivies de semis, en passant par la récupération de bulbes cultivés ensuite en pépinière ou en serre. Toutes ces techniques relèvent de la translocation dès lors qu’elles impliquent un transfert d’individus ou partie d’individus vers un nouveau site. Le choix de la méthode dépend de nombreux facteurs : biologie et écologie de l’espèce, période d’intervention, contraintes du site impacté et du site d’accueil.

Cette diversité illustre à quel point chaque opération est unique et nécessite une adaptation fine aux enjeux écologiques.

Les travaux de recherche menés dans la thèse de Margaux Julien mettent en lumière un constat central : malgré la multiplication des opérations, la qualité des protocoles reste très variable. Une part importante des translocations réglementaires manque de prise en compte de l’écologie des espèces, et d’un déficit de suivi à long terme. Ces deux éléments sont pourtant déterminants pour évaluer la réussite des opérations. Sans suivi rigoureux, il devient difficile de savoir si les populations transloquées se maintiennent, se reproduisent et s’intègrent durablement dans leur nouvel environnement.

Ce constat explique en partie les résultats contrastés des retours d’expérience de translocation végétale. Les taux de réussite sont difficiles à évaluer, notamment en raison du manque de standardisation des méthodes et de retours d’expérience. Les acteurs de la conservation expriment des avis mitigés sur l’efficacité de ces opérations, soulignant la nécessite d’améliorer les pratiques.

Projet réussi de translocation de glaïeuls douteux
Que sont devenus les Glaïeuls douteux, espèce régulièrement transloquée

Des réussites qui montrent la voie

Malgré les retours d’expérience mitigés, il existe des translocations couronnées de succès : c’est le cas notamment de l’Hélianthème à feuilles de Marum (Helianthemum marifolium), une espèce végétale protégée du sud de la France. Dans le cadre des travaux de thèse de Margaux Julien, puis via son entreprise Parviflora, spécialisée dans les translocations végétales, un protocole sur mesure a été développé pour cette espèce.

Celui-ci reposait notamment sur une meilleure connaissance de son écologie, la prise en compte des pressions du site d’accueil et un suivi post-translocation annuel. Les résultats sont très encourageants :  une bonne reprise des individus, l’observation de reproduction, et l’apparition de nouveaux plants dès la troisième année.  

Un levier prometteur à utiliser avec parcimonie

Encadrée par la réglementation, nourrie par la recherche scientifique et portée par des acteurs spécialisés, la translocation végétale constitue aujourd’hui un levier prometteur pour la compensation écologique, en permettant dans certains cas de concilier aménagement du territoire et préservation des espèces sensibles.

Réglementation environnementale

Cependant, elle ne peut devenir une solution de facilité. L’enjeu est d’éviter qu’elle soit mobilisée pour compenser des impacts qui auraient pu être évités en amont : elle doit rester une solution de dernier recours, et l’évitement doit rester la priorité. Nous parlons souvent de ces sujets dans nos colonnes de Durablissime.  Les translocations végétales doivent être appréhendées dans toute leur complexité, en les considérant chaque fois comme une expérimentation à part entière, exigeant rigueur, suivi et amélioration des connaissances. C’est à cette condition que la translocation peut s’inscrire dans des démarches réellement durables. 

Pour aller plus loin vous pouvez consulter la thèse de Margaux Julien (2022) Translocations végétales : bilan des connaissances, expérimentation et optimisation. Université de Montpellier.

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