Longtemps perçue comme une idée marginale, la gratuité des transports en commun gagne du terrain en France.
Aujourd’hui, plus de 40 collectivités, de toutes tailles, ont franchi le pas. De Dunkerque à Montpellier, en passant par Aubagne, la promesse est la même : réduire les inégalités d’accès à la mobilité, favoriser un report modal de la voiture vers les transports en commun, et contribuer à la transition écologique. Mais derrière l’enthousiasme politique, quel bilan peut-on dresser ?
Premier constat : la fréquentation explose presque partout où la gratuité est instaurée.
À Dunkerque, pionnière sur un réseau urbain de cette envergure, la fréquentation a bondi de 60 % en semaine et de 100 % le week-end depuis 2018. À Montpellier, qui a généralisé la gratuité en décembre 2023 après l’avoir testée progressivement, les premiers chiffres indiquent une hausse similaire.
Mais cette dynamique a un coût. Le manque à gagner pour les collectivités peut représenter jusqu’à 10 % de leur budget de fonctionnement des transports. À Montpellier, cela s’élève à 30 millions d’euros par an, compensés par la hausse du versement mobilité, une taxe sur la masse salariale des entreprises. Si certaines métropoles peuvent absorber cette dépense, d’autres territoires plus contraints financièrement doivent arbitrer : investir dans l’offre (fréquence, lignes, modernisation) ou supprimer la billettique ?
Deuxième limite : la gratuité seule ne suffit pas à transformer la mobilité.
Là où l’offre de transports est faible ou peu adaptée – en zone rurale ou périurbaine – le report modal reste modeste. Le risque est alors de subventionner des trajets déjà réalisés en bus, sans convaincre les automobilistes.

Côté perspectives, plusieurs métropoles comme Clermont-Ferrand ou Grenoble étudient l’opportunité de la gratuité partielle ou ciblée (pour les jeunes, les seniors, les précaires). Le modèle mixte semble séduire : il combine incitation sociale et viabilité économique.
En réalité, la gratuité n’est pas une fin en soi, mais un outil parmi d’autres pour rendre les transports publics plus attractifs. Elle interpelle surtout sur un enjeu central : voulons-nous faire du transport un bien marchand… ou un bien commun ?

Dans un contexte d’urgence climatique et de crise du pouvoir d’achat, la question mérite plus que jamais d’être posée.
