Trois ans après sa création, le forfait mobilités durables (FMD) peine à s’imposer comme le levier espéré de la transition écologique dans les trajets domicile-travail. Le forfait mobilités durables offre une aide financière aux employés du secteur privé et aux agents du service public pour leurs trajets entre le domicile et le lieu de travail. Ce dispositif prend en charge une partie des coûts liés au carburant ou à l’entretien de divers moyens de transport, tels que les vélos (électriques ou mécaniques), les voitures (électriques, hybrides ou à hydrogène), ainsi que le covoiturage.
Grâce à la loi de finances rectificative de 2022, des ajustements ont été apportés pour les années 2022 et 2023 :
- Pour les employeurs : le plafond d’exonération des cotisations et contributions sociales a été relevé, passant de 500 à 700 euros.
- Pour les salariés : le montant maximum de la prise en charge par l’employeur a été augmenté, passant de 600 à 800 euros.
Ces modifications visent à encourager l’utilisation de modes de transport plus durables et économiques. Le FMD remplace les 2 dispositifs qu’étaient l’indemnité forfaitaire covoiturage et l’indemnité kilométrique vélo.

Porté par la loi d’orientation des mobilités (LOM) de 2019, ce dispositif facultatif permet aux employeurs de verser jusqu’à 800 euros par an aux salariés utilisant des modes de transport alternatifs à la voiture individuelle : vélo, covoiturage, transports en commun hors abonnement, engins de déplacement personnels, voire marche à pied.
L’intention est claire : inciter les actifs à délaisser l’autosolisme au profit de solutions plus écologiques. Pourtant, dans les faits, le bilan reste mitigé. Selon les chiffres du ministère de la Transition écologique, à peine 15 % des salariés du privé bénéficiaient du FMD fin 2023. Dans la fonction publique, le taux monte à environ 20 %, malgré une généralisation dans plusieurs ministères.
Plusieurs obstacles freinent la diffusion du forfait
D’abord, sa non-obligation : les employeurs restent libres de l’adopter, et beaucoup s’en tiennent à un remboursement classique d’abonnement de transport. Ensuite, sa complexité de mise en œuvre : justificatifs à fournir, flou sur les usages éligibles, intégration dans la paie… Le FMD souffre d’un manque de lisibilité.

Enfin, le plafond de 800 euros (et 300 euros pour la fonction publique d’État) reste trop bas pour transformer durablement les habitudes, notamment dans les zones peu desservies où la voiture reste incontournable. Pourtant, les entreprises qui s’y engagent saluent son efficacité. Certaines grandes structures ont même couplé le FMD à des incitations internes : vélos de fonction, parkings à vélos sécurisés, coaching mobilité… À la clé : un meilleur bien-être des salariés, une baisse du stress lié aux transports et une image employeur renforcée.
Le Bilan après quelques exercices
Le forfait mobilités durables est une initiative bénéfique, mais son adoption par les entreprises reste limitée. Plusieurs raisons expliquent cette réticence :
- Budget : pour 40 % des employeurs, le principal frein est l’enveloppe budgétaire nécessaire à sa mise en place.
- Manque d’information : 30 % des employeurs estiment ne pas avoir suffisamment d’informations pour comprendre et appliquer ce dispositif.
- Préférence pour d’autres solutions : 23 % des entreprises optent pour des alternatives comme les flottes de vélos électriques ou les systèmes de prêt de vélos.

Cependant, le FMD peut représenter une économie pour les entreprises. Par exemple, il permet de réduire les coûts des abonnements de transport en commun inutilisés. Les employés peuvent utiliser des tickets de transport ponctuels et varier leurs modes de déplacement, ce qui est particulièrement avantageux avec l’instauration du télétravail.
Défis pratiques :
- Choix des modes de transport : il est essentiel de sélectionner des options écologiques.
- Gestion des dépenses : la gestion manuelle des justificatifs est souvent perçue comme complexe et chronophage.
Opportunités : dans un contexte où la responsabilité sociale des entreprises (RSE) et le télétravail sont de plus en plus importants, le FMD offre plusieurs avantages :
- Il répond aux attentes des employés ;
- Il améliore l’image de marque de l’entreprise ;
- Il attire de nouveaux talents grâce à un engagement fort en matière de RSE.
En conclusion, bien que le FMD soit conçu pour être avantageux tant pour les salariés que pour les entreprises, il reste sous-utilisé. Le manque d’informations, les coûts perçus et la complexité administrative sont des obstacles à son adoption. Cependant, des solutions existent pour simplifier son déploiement et encourager les entreprises à adopter une mobilité plus durable.
Les perspectives
Le gouvernement envisage une simplification du dispositif et une revalorisation des plafonds, notamment pour intégrer de nouveaux usages comme l’intermodalité ou les services de mobilité partagée. La conférence des mobilités de 2025 a pu être l’occasion de donner un second souffle à cette dynamique. Un point est à refaire dans quelques temps.
Reste à transformer ce forfait en véritable droit pour les salariés et en outil stratégique pour les entreprises. Car au-delà des montants, le FMD interroge notre modèle de mobilité quotidienne : plus résilient, plus soutenable, et plus équitable. Seulement connu par 15% des employeurs après 3 ans d’existence, il faut lui laisser du temps pour trouver sa place et participer à la décarbonation des mobilités du quotidien.
